La magie, c’est psychologique ! peut-être… et alors ?

La magie, c’est psychologique ! peut-être… et alors ?


Une question ambigüe

Si vous avez lu mon livre ou parcouru mon site, vous avez probablement remarqué que je cultive une certaine ambiguïté dans mes explications concernant le fonctionnement de la magie. Certains lecteurs m’ont d’ailleurs très judicieusement fait remarquer : « à la fin, on ignore toujours si pour toi, la magie est la manipulation d’une énergie que la science n’a pas encore identifiée ou s’il s’agit d’un processus psychologique au cours duquel tout se passe dans la tête du mage. »

Et, ils ont entièrement raison, car c’est exactement ce que je ressens : une totale indécision.

Pour résumer cet état d’esprit, je peux juste affirmer que quand vous effectuez un rituel, je ne vous garantis qu’une seule chose : que vous bénéficier d’un aspect psychologique (en espérant qu’il soit favorable), pour le reste, rien n’est sûr.

Je sais pertinemment que ce genre de propos me décrédibilisera aux yeux de certains qui aiment arpenter des chemins balisés où tout est clair et nettement affirmé et auprès d’autres qui ont (prétendument) vécu moult expériences troublantes avec des dames blanches, des larves, des incubes et des succubes, des démons, des loups-garous, vampires et autres revenants et qui eux savent…

Face à ces derniers, j’assumerai mon statut d’ignorant et dans les lignes qui vont suivre, je m’efforcerai de vous expliquer pourquoi cet effet psychologique dans nos pratiques magiques représente déjà un important bénéfice. Pour cela, je m’appuierai sur une analogie médicale.

L’effet Placébo

Pour le commun des mortels, les termes effets placébo, effets psychologiques, ou le plus terre à terre « c’est dans ta tête », sont la plupart du temps perçus comme négatifs. Pourtant, ils peuvent constituer un pilier fondamental du processus de guérison.

Tentons donc d’expliquer en quoi consiste l’effet placébo :

Lorsque vous êtes malade et que vous prenez un médicament, celui-ci contient logiquement un principe actif. Il s’agit du composé qui va agir pour vous soigner ou vous soulager, mais à cet effet purement « chimique » va s’ajouter une composante psychologique dont l’intensité variera suivant votre conviction en l’efficacité du traitement : le fameux effet placébo. La somme des deux va donner l’efficacité globale du traitement. Cet effet placébo souvent sous-estimé va pourtant grandement contribuer à la guérison du patient. Dans certains cas, il peut représenter 30 % en moyenne de l’efficacité d’un traitement*.

L’effet placébo se manifeste également en l’absence de principe actif. C’est le cas quand vous donnez par exemple de l’eau sucrée à un enfant (ou un bisou magique) pour le soulager de maux de tête et que la douleur diminue alors qu’aucun réel analgésique n’a été administré. Le soulagement constaté est dû à l’effet placébo.

Comme dans la vie, tout est question de dualité, l’effet placébo a son double négatif : l’effet nocébo. Si le patient par exemple, prend connaissance de la liste des effets secondaires d’un médicament, il est probable qu’il les « déclenchera » plus fréquemment que celui qui les ignore. On pourrait aussi illustrer cet effet nocébo par la situation suivante. Imaginons qu’un ami farceur vous fait croire que la date de péremption des yaourts que vous venez de consommer est dépassée depuis 6 semaines. Bien que ces aliments soient parfaitement sains, l’effet nocébo rentrera en action (surtout si vous êtes du type hypocondriaque !) : vous serez alors soudain pris d’abominables douleurs abdominales et vous vous ruerez aux toilettes vomir vos tripes ainsi que tous les repas que vous avez ingérés dans vos vies intérieures… Toujours pour réfléchir à notre côté obscur de l’effet placébo, on peut évoquer l’effet suggestif de maléfices comme le mauvais œil. Un théâtral « je te maudis » accompagné de la mise en scène adéquate proféré à l’encontre d’une personne superstitieuse et facilement impressionnable produira des « merveilles » en l’absence de tout réel acte magique juste par l’effet de suggestion. Une mauvaise journée pourra même se conclure par une chute mortelle dans les escaliers que « l’envoûté » aura lui-même provoquée de façon inconsciente.

Les points communs

Au temps de Paracelse, la frontière entre mage et médecin était on ne peut plus mince

Pour poursuivre notre parallèle entre effet placébo et magie, penchons-nous sur la définition de cet article : l’effet placebo découle de la confiance de l’utilisateur dans le médicament qu’il absorbe, mais ce n’est pas un effet magique (ha ha, dit Nazteratom) – il déclenche, à l’intérieur du cerveau, la sécrétion de substances appelées endorphines, qui soulagent la douleur et divers autres symptômes. Autrement dit, l’effet placébo est la conséquence biochimique d’une suggestion symbolique.

Or justement, si la magie est parfois qualifiée de « commerce avec les démons », de « manipulation des forces », de « travail énergétique », assertions qu’il est difficile de prouver scientifiquement, il est un aspect indéniable, c’est qu’elle correspond parfaitement à cette notion de suggestion symbolique qui loin de se limiter à une action biochimique produira des répercussions psychologiques en particulier au niveau de l’inconscient.

Les similitudes entre magie et médecine sont nombreuses. La première discipline citée n’est-elle d’ailleurs pas l’ancêtre de la seconde ? Ainsi dans un cadre thérapeutique, l’effet placébo se fait ressentir dès la prise en charge médicale. Certains patients peuvent même noter une amélioration de leurs symptômes au moment où le médecin leur serre la main. Ensuite entrera en jeu la conviction que le médecin mettra dans sa prescription comparable à celle que le mage devra inclure dans sa pratique pour se persuader lui-même ou convaincre la personne qui recourt à ses services. On comprend ainsi aisément pourquoi, l’attitude du sorcier, la tradition millénaire sur laquelle il s’appuie, la concordance avec certains phénomènes astronomiques, le soutien indéfectible de divinités contribuent à l’efficacité de son rituel. Plus il y croit, plus ça fonctionne !

Dans le point 6 de l’article,on voit que l’effet placébo a une forte incidence sur les maladies psychiques en particulier la dépression avec des effets proches des « vrais » médicaments censés la traiter. Tiens… et si c’était un peu ce qui se produisait dans certains cas d’exorcismes réalisés avec succès dans lesquelles une mise en scène appropriée vient à bout d’un état de crise que la psychiatrie classique s’avouait impuissante à traiter. Je ne dis pas qu’il n’existe pas de cas réels de possession (encore faudrait-il déjà s’entendre sur ce que signifie vraiment ce terme perçu de façon positive dans certaines cultures et négative dans d’autres), mais en lisant des ouvrages comme Enquête sur les exorcismes – Une histoire du diable de Patrick Sbalchiero, on s’aperçoit que si les cas de possessions médiévales — reposant sur la bonne foi de témoins oculaires — impliquent souvent des contorsions improbables sujettes à rendre verte de jalousie, n’importe quelle artiste de cirque y compris le plus hyperlaxe et de spectaculaires phénomènes de lévitation… Étrangement depuis qu’on dispose de smartphone prêt à être dégainé et à filmer à n’importe quel moment, les cas contemporains ont délaissé ces impressionnants feux d’artifice pour des manifestations beaucoup plus soft et dignes d’un pétard mouillé… Pour s’en convaincre, il suffit de jeter un œil au documentaire de William Friedkin, The Devil and Father Amorth. Le réalisateur de l’Exorciste filme en action le père Gabriel Amorth sommité dans le domaine de l’exorcisme qui nous présente un cas très très grave (mais vous n’imaginez même pas à quel point !!!) et qui au final s’apparente plus à un caprice d’enfant coléreux tapant du pied pour avoir son jouet qu’au tourment subit par la jeune Regan dans le chef-d’œuvre de l’horreur précédemment cité.

Comment adapter sa pratique en fonction de cette composante psychologique ?

Cette composante psychologique étant la seule chose dont je sois sûr en magie, j’ai forcément adapté ma pratique à cette conception et lui ai donné la priorité ce qui n’est pas toujours bien compris par d’autres pratiquants. Dans mon rituel du sang, par exemple, on m’a expliqué que le sang servait à conclure un pacte et qu’il avait telle ou telle valeur en termes de symbolique. Je ne suis pas d’accord avec cette façon de voir les choses. Pour moi, la magie n’est pas de la chimie : personne n’a vérifié la validité du théorème hémoglobine=pacte. O- avec Belzébuth, AB avec Astaroth, B+ avec Belial… par contre, ce dont je suis certain c’est que le contexte de recueil de l’« ingrédient » joue un rôle primordial. Si je recueille mon sang en me tailladant avec un tesson de bouteille dans un cimetière un soir de pleine lune en hurlant Satan, mon fluide sanguin n’aura pas du tout la même valeur symbolique que s’il est prélevé par une gentille infirmière dans un cadre aseptisé et qu’on m’offre aimablement une petite collation après mon don. De même, si la nature d’un ingrédient magique reste la même, son symbolisme (donc son effet) sera beaucoup plus puissant si vous avez galéré à la trouver dans la nature et à la cueillir selon un rituel que si vous l’avez commandé sur eBay. Comme on dit ce qui compte ce n’est pas la destination, mais le chemin que vous avez parcouru pour l’atteindre, c’est à mon sens on ne peut plus vrai en magie.

Les “démons” ne sont pas responsables de tout

Les petites voix qui chuchotent à votre oreille proviennent-elles vraiment de démons ou de vos refoulements psychologiques ?

Pour revenir sur les rituels qui « tournent mal », ils sont selon moi, plus dus à un état mental déficient du pratiquant qu’à une réelle boulette magique, type mauvaise incantation, mauvais alignement des astres, démon trop puissant… Ces erreurs ont surtout la puissance que vous leur donnez. Si vous vous dites que la position de Saturne va faire foirer votre rituel, elle le fera assurément alors que le pratiquant qui n’en a rien à carrer n’en ressentira pas le moindre effet négatif. Il est donc important de ne pas donner le bâton pour se faire battre. Essayer de croire en ce qui vous est profitable et chasser le reste de votre esprit. Si ces croyances sont trop ancrées en vous, essayer alors de vous y conformer.

Toujours par rapport aux situations dramatiques, analysez les gens qui relatent ce type de mésaventure. Sont-ils équilibrés psychologiquement ? Prennent-ils des drogues ? Sont-ils sujets à la dépression, tourmentés par des dettes, traumatisés par des abus sexuels subis dans l’enfance, en mauvaise forme physique? Souffrent-ils de dépendance à des produits ou d’addiction? Si vous répondez oui à une de ces questions (ce qui a pas mal de chance d’arriver, vu que ces maux sont largement répandus dans la société actuelle), il existe un risque important que ces pratiquants présentent de sérieux talons d’Achille dans leur cuirasse qui ne demanderont qu’à être exploités par des « démons » mal intentionnés.

Petite question bête, mais qui peut avoir son importance : combien connaissez-vous de pratiquant qui souffrent d’une addiction au tabac ? Selon moi, un mage doit s’efforcer d’avoir une compréhension globale de lui-même et de l’univers. De plus, il doit présenter une cohérence dans ses actions pour que sa volonté se matérialise dans la réalité. Que penser de quelqu’un qui absorbe une drogue qui n’apporte aucun réel plaisir (cf le livre d’Allen Carr) et qui en plus le tue à petit feu. Que veut ce mage ? Mourir ? Si oui rien d’étonnant à ce que ses rituels le conduisent à l’autodestruction. Et si son souhait est de vivre en bonne santé et que sa volonté est si puissante pourquoi ne délaisse-t-il pas simplement cette habitude létale ?

Une autre composante psychologique pour pratiquer la magie sainement est clairement de se connaître, de ne pas nier sa part d’ombre. Si vous pensez être un individu parfait exempt de violence, de bas instincts et de mauvaise pensée, vous risquez fort d’être surpris par certains des mauvais penchants que vous avez profondément enfouis et dans ce cas, oui vos “pactes” vont vous coûter cher. Mais si vous battez votre chien à mort ou si vous allez tromper votre conjoint(e) en allant avec le voisin ou la voisine, n’allez pas me dire que c’est Satan qui vous l’a demandé, car il est plus probable que ce soit juste vous qui en ayez eu envie.

Les démons ont bons dos, mais le seul responsable de vos actes, c’est vous.

Soyons sérieux, vous obtiendrez de meilleurs résultats dans vos actes magiques et dans votre vie en général si vous pratiquez une activité physique non traumatique, si vous méditez régulièrement, apprenez à vous connaître et vous reposez suffisamment qu’en potassant le Lemegeton, Agrippa ou autre Picatrix. J’adore me plonger dans ces ouvrages, mais si vous y accordez trop importance, vous risquez juste de passer à côté de votre vie. Le pragmatisme et le terraterrisme (ne cherchez pas dans un dictionnaire, je l’ai inventé à l’instant) ont parfois du bon. Récemment, dans un groupe Facebook, une internaute demandait un sort pour se protéger des virus informatiques. Un praticien qui me paraît assez sérieux, loin de lui conseiller de mettre du sel devant son port USB ou de passer à l’encens sa box internet, lui a rappelé que « tout n’était pas magique » et l’a juste invitée « à ne pas cliquer sur des liens à la con » (je m’excuse si je déforme quelque peu ces propos). Un sage conseil que beaucoup gagneraient à adapter et mettre en œuvre à d’autres contextes.

Voilà pourquoi, plus de la moitié de mon livre s’attarde sur le monde matériel et vous donne des conseils très concrets à appliquer dans votre vie de tous les jours. Si vous menez une démarche analogue, nul ne peut douter que la magie fera probablement le reste et que vous obtiendrez souvent ce que vous souhaitez.

Pour conclure

Ma démarche est clairement de ne pas vendre du rêve aux gens donc une fois pour toutes, je répète : « quand vous effectuez un de mes rituels, je ne vous garantis qu’une seule chose : que vous bénéficier d’un aspect psychologique, pour le reste, rien n’est sûr ».

Si vous avez bien lu l’article, vous avez compris que ceci ne signifie pas que la magie est inefficace, au contraire. Comme nous l’avons dit plus haut, l’effet placébo peut contribuer à 30 % de l’efficacité d’un traitement médical donc si en magie, on peut appliquer un raisonnement analogue, cela voudrait dire qu’un rituel nous apporterait 30 % de chance en plus de réussir ce que nous entreprenons, c’est déjà pas mal. Je ne sais pas vous, mais moi, je ne crache pas dessus et si après il y a intervention d’esprit ou d’énergie, c’est bonus.

Voilà, après ça, vous aurez compris pourquoi mon livre s’adresse aussi (ou plutôt avant tout) aux “gens rationnels”.

Pour apprendre les bases de la magie et créer un contexte de vie favorable à votre réussite quel que soit la nature de vos projets, n’hésitez pas à consulter mon livre “Réussir sa vie grâce à la magie – fonctionne aussi pour les gens rationnels”

*Les cahiers Science & Vie, Histoire et Civilisations : Miracles, apparitions et reliques face à la science n° 180 (p54). Numéro dont je vous recommande vivement la lecture à plus d’un titre.

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